C rée le 26 décembre 1945, le Franc des Colonies Française d’Afrique, et devenu en 1958 l’actuel Franc de la Communauté Financière Africaine (Franc CFA), vit probablement ses dernières années en Afrique de l’Ouest. En effet, un peu plus de 75 ans après sa création par le Général De Gaulle, cette monnaie, autant que d’autres facteurs historiques entre la France et l’Afrique, focalisent les attentions ces dernières années. L’hexagone étant le principal batteur du Franc CFA a finit par céder à cette marche forcée vers une cessation complète de sa participation dans la nomenclature monétaire actuelle.

Notons jusque là que le Franc CFA était utilisé par trois grands ensembles sous régionaux entre autres l’Union économique et monétaire de l’Afrique de l’Ouest (UEMOA), la Communauté économique de l’Afrique Centrale (CEMAC) et l’Union des Comores. Sa fabrication et sa gestion, étant donc tributaire de la présence des différents français au sein des conseils d’administration des trois entités monétaires déjà citées, est un sujet à caution.

Tout commence lors du sommet des Chefs d’État et des gouvernements de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest le 29 juin 2019. C’est au cours dudit sommet que la création d’une nouvelle monnaie est mis en perspective et où la fin imminente de la Zone UEMOA est annoncée. Objectif visée la disparition des monnaies coloniales qui encourent dans la CEDEAO notamment pour les huit pays utilisateurs du Franc CFA. Un peu moins d’un an plus tard, après la déclaration commune de cette organisation régionale, la France entérine le mercredi 20 mai en conseil de ministre le remplacement du Franc CFA par l’Eco. La conséquence majeure est qu’elle n’interviendra plus dans la prise des décisions en ce qui concerne le battement et la redistribution de cette monnaie, et ce, en dépit de cette parité fixe maintenue à l’Euro.

Au-delà de cette séquence historique, les enjeux monétaires et économiques sont considérables. Car la fin du Franc CFA, supposerait simplement pour la CEDEAO une plus grande autonomie de la gestion de sa monnaie au niveau structurel et une adaptation sur le long terme aux conjonctures internationales pour mieux juguler et amortir les effets des crises économiques.

Selon certains courants de pensée africains cette monnaie de Franc CFA devenait problématique. Elle était pour l’heure la plus vieille monnaie coloniale en circulation. Par ricochet, elle posait encore un problème de souveraineté économique surtout au moment où les États utilisateurs du FCFA sentent de plus en plus le besoin de rattraper le vide laissé par la mondialisation des échanges et la compétitivité internationale. Le journal français Le Monde explique dans sa parution numérique du 21 mars 2020 que les raisons qui sont à l’origine de cette évolution historique se lisent dans le fait que cette situation de la sous-traitance monétaire de l’Afrique par la France était unique au monde et que ce système monétaire régulièrement critiqué par les hommes politiques et les économistes, freine le développement du continent . D’autant que l’Afrique verserait à la banque de France 50% de ses recettes d’exportations.

En déclarant la fin du Franc CFA, les huits pays de l’UEMOA donnent le ton aux six autres de la CEMAC. Quoique le contraste en matière de lutte pour la souveraineté monétaire étant prégnant, la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale commence – bien que timidement- à mettre la question sur la table. Les Chefs d’État et de gouvernement envisagent possiblement de suivre la voie tracée par le prédécesseur ouest africain. Le magazine Jeune Afrique dan sa parution du 22 mai 2020 nous apprend qu’à l’issue du projet entérinant la fin du Franc CFA dans la zone de l’Union Economique et Monétaire Ouest Africain (UEMOA), la CEMAC avec la Banque des États de l’Afrique Centrale et la commission de la CEMAC ont été invitées en novembre dernier à proposer des solutions .

De ce qui ressort, le principal constat encore incongru à ce jour reste l’impossibilité d’interchanger le FCFA entre les deux zones Francs. Entre autres, il est impossible pour un Ouest africain d’utiliser cette monnaie en Afrique centrale sans la convertir d’abord à l’Euro et vice – versa. Rendant en effet, difficile la mise en place d’un partenariat économique intra-regional. Il a été continuement un symbole fort de la main mise française sur les économies africaines comme le préconise l’analyste politique camerounais Claude Wilfried EKANGHA EKANGHA pour qui, le Franc CFA maintenait toujours le lien de la colonisation de L’Afrique par la France.

Faut-il le rappeler que la question du Franc CFA a été remis au bout du jour par une société civile sur et en dehors du continent. Elle récusait la France d’étouffer les économies africaines du fait des mécanismes aussi ardus que dévastateurs. Cette ambiguïté est plus perceptible quand selon l’économiste togolais, KAKO NUBUKPO cette transition vers la nouvelle monnaie commune ouest-africaine constituerait un facteur d’élargissement du marché et ce pour une population qui représenterait un peu plus de trois cents vingt millions d’habitants. D’autres personnalités des plates formes non-gouvernementales ont su peser de manière considérable en imposant cet agenda à la France qui jusque là semblait ne pas prendre la pleine mesure des débats pourtant présent sur le continent.

De manière générale, les choses bougent notamment sur le Franc CFA. Avec cette loi du gouvernement entérinant la fin de cette monnaie longtemps considéré comme le dernier maillon dans la France-Afrique, Les deux parties viennent de faire sauter les verrous d’une longue séquence qui aura déchaînée les passions. Une évolution non négligeable car pour beaucoup c’est pour les anciennes colonies françaises une fenêtre ouverte sur des revendications futures portées vers une autonomisation de la gestion complète des territoires à mesure que eux mêmes sentiront le besoin de se débarrasser du paternalisme coloniale nous confiait un analyste politique.

Cela dit, beaucoup d’incertitudes demeurent quant à la mise en œuvre cette année de la nouvelle monnaie Eco. Les déclarations conjointes du Président ivoirien Alassane Dramane Ouattara et de son homologue français Emmanuel Macron le 21 décembre 2019 à Abidjan n’ont pas totalement convaincu les observateurs de la vie politique africaine. Selon le Courrier International, la parité fixe à l’Euro (du Franc CFA depuis 1999) constitue l’une des principales controverses qui cristallisent encore les critiques, entre autres, celles du militant franco- béninois Kemi SEBA connu pour avoir brûler un billet de 5000 Francs CFA en 2017.

De même, au plan régional, certains médias estiment que la création et la future mise en circulation de l’Eco attisent les rivalités économiques de la région. En effet, Afrique Média TV souligne que pour l’heure, le Nigéria est réticent à se lancer dans une monnaie commune tant que la convergence économique entre les pays ne progresse pas. Certains de ses voisins en revanche, redoutent qu’en raison du poids économique du Nigéria, le futur Eco soit un Naira déguisé.

Compte tenu des contraintes, la nouvelle monnaie n’entrera en vigueur après que tous les mécanismes inhérents à sa mise en circulation aient été défini par la Banque centrale de l’Afrique de l’Ouest dont le siège se trouve à Dakar au Sénégal. Cela dit, en attendant un consensus sur la question monétaire, le Franc CFA joue sa prolongation car sa suppression définitive sera tributaire des avancées et des négociations entre les États. Les huit États de l’UEMOA devraient encore composer avec cette monnaie au moins durant trois années supplémentaires.