Paru dans la rubrique Entrepreneuriat du deuxième numéro de SkilledIn Magazine pour son engagement aux côtés des sourds du Gabon et actuellement interprète en Langues des Signes Américaines au près du Comité de Pilotage du Plan de Veille et de Riposte Contre le Coronavirus (COPIL) au Gabon, Paul Anicet MOUZIEGOU nous explique l’impact que la communication sur la Covid-19 a sur les sourds.

Bonjour Anicet. Vous n’êtes plus à présenter. Pouvez-vous nous dire concrètement votre rôle dans le COPIL ?

Je vous remercie de me donner à nouveau l’opportunité de m’exprimer via votre média en ligne que je félicite au passage pour la qualité de son travail. Je suis interprète en langue des signes. Mon rôle au sein du COPIL est d’interpréter durant la conférence de presse afin que les sourds puissent avoir accès aux informations relatives à la lutte contre la Covid-19.

Selon vous, en quoi la communication en langue des signes contribue-t-elle à lutter contre la propagation du virus ?

En matière de lutte contre la Covid-19, la sensibilisation reste un élément fondamental au-delà des éléments matériels qui peuvent accompagner. Ma présence au sein du COPIL est un signal fort qui permet aux sourds d’avoir des informations officielles et donc de prendre, eux aussi, des mesures pour se protéger et protéger les autres. A travers les spots télévisés, les affiches et le travail de mes collègues dans les chaînes de télévision, les sourds sont au fait de l’information sur le Coronavirus. C’est donc pour moi l’occasion de remercier les responsables du comité qui ont facilité ma présence au sein du COPIL.

(c) SkilledIn Magazine

Quels résultats avez-vous obtenus jusqu’à présent ?

Les résultats sont encourageants dans l’ensemble. Je mentionnerai d’abord la satisfaction de la communauté des sourds du fait d’avoir accès aux informations au même titre que les personnes dites «entendantes». Je rappelle que les premières conférences se faisaient sans interprète. En ce moment-là certains responsables d’associations de sourds étaient obligés de se rendre sur YouTube et lire les communiqués à travers le sous-titrage puis relayer l’information aux autres. C’est donc un sentiment de satisfaction de savoir qu’ils ont désormais un interprète à leur disposition. Le deuxième résultat, c’est le fait de voir que beaucoup parmi eux appliquent les gestes barrières au quotidien. Enfin, je me réjouis de savoir que le message passe bien. En effet, à ma connaissance, nous n’avons aucun cas de Covid-19 enregistré chez les sourds bien que cette éventualité n’est pas à exclure.

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Que diriez-vous pour convaincre d’autres à prendre des initiatives pour venir en aide aux malentendants en cette période de crise sanitaire ?

En règle générale, les sourds-muets sont issus de familles aux revenus modestes. A ce titre, obtenir des masques, des gels hydroalcooliques relève du parcours du combattant. Je pense donc que des initiatives ciblées à l’endroit de la communauté des sourds peuvent être prises afin de renforcer leur capacité à se protéger et à protéger les autres. Par ailleurs, de nombreux sourds dans certaines familles à Libreville et même en provinces n’ont toujours pas accès aux informations encore moins aux matériels de protection. Il s’agit donc d’une population vulnérable qu’il convient de suivre avec beaucoup d’attention. Enfin, étant pour la plupart sans emplois, la crise sanitaire actuelle est venue accentuer le degré de pauvreté de ces compatriotes. Ainsi, une assistance matérielle en cette période serait la bienvenue.