Alors que le monde est frappé par la pandémie du Coronavirus, en République Démocratique du Congo (RDC), c’est le taux de change qui cristallise plus l’attention. Le franc congolais subit une dépréciation alarmante depuis quelques temps entraînant la hausse du prix du carburant à la pompe, l’augmentation du coût transport en commun, des produits de première nécessité sans compter les conditions de vie fragilisées par la pandémie.

En effet, les réserves de change du pays ont connu une baisse de plus de 43 millions de dollars moyenne par mois et s’élevaient à 879,47 millions de dollars à la fin du mois de juin dernier. Ce niveau correspond à peine à 3,3 semaines d’importations des biens et services sur ressources propres. Le franc congolais se négociait jusque-là à 1 880 FC contre 1 USD en avril dernier sur le segment parallèle à Kinshasa. Au niveau de mobile money, la monnaie nationale se changeait à 1 830 FC contre 1 USD. Aujourd’hui dans la capitale Kinshasa, le taux de dollars se négocie dans certains coins à 2 100 FC pour 1 USD. Pire, à Goma, 100 unités se négocient désormais à 2 600 voire 2 700 FC dans certains établissement.

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Comprendre la dépréciation du franc congolais

Plusieurs facteurs rentrent en compte dans la dépréciation du franc congolais. Répondant à la loi de l’offre de la demande comme tout produit et service, le franc congolais perd de sa valeur quand il est injecté sur le marché de change sans un socle économique réel. C’est le cas avec la planche à billet que le gouvernement continue à pratiquer pour financer ses déficits budgétaires.

Au premier trimestre 2020, le Trésor public a enregistré un déficit de l’ordre de 185 millions USD compensé par les avances monétaires de la Banque Centrale du Congo (BCC). Cela a contribué à la dépréciation du franc congolais surtout que c’est corrélé avec la faiblesse de la mobilisation des recettes publiques tant sur le plan national qu’international.

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Dans un contexte où le gouvernement peine à mobiliser des ressources financières nécessaires pour financer ses dépenses, bien que sensiblement réduites dans les plans de Trésorerie et d’engagement budgétaire du premier trimestre, et recoure systématiquement à la planche à billet malgré l’assistance du Fonds Monétaire International (FMI), il est à craindre que la monnaie nationale continue de se déprécier par rapport aux autres devises.

Au-delà des faits avérés, les salaires des agents et fonctionnaires de l’Etat, des militaires et policiers et de la plupart des travailleurs du secteur privé sont payés en franc congolais. De plus, selon certains experts, la Banque Centrale du Congo ne joue pas convenablement son rôle de gendarme.

De son côté, la BCC relativise sa responsabilité. Son gouverneur, Deogratias Mutombo Mwana Nyembo, explique que ces épisodes d’instabilité économiques sont provoqués par d’importants déficits des finances publiques : les recettes ne sont pas suffisantes. Le gouverneur appelle surtout le gouvernement à davantage de discipline budgétaire tout en l’invitant à poursuivre avec une gestion des dépenses publiques sur base caisse, c’est-à-dire sur les recettes effectivement récoltées.