La musique sert à divertir et à délasser l’esprit. On l’écoute très souvent pendant l’exécution des tâches quotidiennes à la maison, au travail ou pendant les cérémonies de prestiges et de grandes envergures ou non. En Afrique subsaharienne, la musique a un lien fusionnel avec l’existence. Elle constitue essentiellement un répertoire folklorique important. En effet, elle puise son ancrage aussi bien dans les milieux traditionnels (les rites initiatiques) que dans les espaces modernes et mondains (écoles, lieux de culte, débits de boissons, espaces publics, etc.). De ce point de vue, la musique dans sa globalité s’apparente à une expression universelle qui permet, entre autres raisons, à chaque individu de s’identifier à son auteur et de s’adapter à sa philosophie ainsi qu’à la portée spirituelle qui s’y rattache. Pourtant, en dépit de cette apparente appréhension spirito-philosophique se dissimulent des problématiques tout aussi logiques les que les autres : la musique à t- elle un effet rédhibitoire sur la morale sociale ? En d’autres termes, serait-elle devenue un vecteur de dépravation des valeurs jadis hautement défendues par des acteurs de la société traditionnelle ?

Les fonctions essentielles de la musique

Bon nombre d’intellectuels et musicologues affirment unanimement que la musique « adoucit les moeurs ». Autrement dit, elle favorise l’émancipation de l’esprit et dompte la psychologie de celui ou celle qui l’écoute. Vu comme tel, elle est une panacée aux maux du quotidien et permet ainsi d’installer la bonne humeur ainsi qu’un sentiment de solidarité et de justice. La musique inspire, elle motive. Comment des fois n’avons-nous pas été interpellés par des textes de rappeurs fort engagés contre les régimes dictatoriaux et oppressifs, des textes de reggae men aux variétés universelles qui convergent tous vers la justice et l’égalité sociale ? Tout comme le journalisme, la musique remplit trois (3) fonctions essentielles : informer, éduquer et divertir. À ce triptyque s’ajoute la fonction de dénonciation. Un artiste est avant tout un communicant et ses textes doivent être porteurs de sens. La musique influence fortement les comportements et les habitudes surtout chez les adolescents. Les thèmes à aborder dans les chansons doivent être choisis avec soin et selon la sensibilité du public à conquérir.

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Musique

Musique et morale un duo presque devenu un duel

Le « sans-frontiérisme » musical permet de déduire que la musique, quel que soit son genre et son origine, ne se limite pas qu’à faire danser car elle a fort heureusement un rôle à l’évolution du monde actuel et des enjeux qu’il représente. Par ailleurs, avec le temps, la musique a fini par épouser l’obscurantisme des temps modernes à en juger par la teneur des joutes verbales contenues dans les textes et la promotion des anti-valeurs notamment le sexe, les drogues, le grand banditisme et les sectes ésotériques. La mélodie tout comme l’artiste parlent le langage de la haine, du sexe et de l’égocentrisme. C’est désormais l’affirmation du “moi d’abord et les autres après”. La conséquence est la suivante : la musique a perdu toute sa quintessence au profit des apparences éphémères et superficielles du consumérisme de notre temps. La devise est simple : “créer pour vendre et non pour éduquer”. On note un changement de paradigme de la musique douce à l’effroyable réalité d’une musique grotesque et vide de toute moralité. L’industrie musicale a négativement bouleversé l’équilibre de la musique qui, d’antan, célébrait les scènes de liesse populaires et le vivre ensemble.

Du contexte gabonais

Les influences des cultures venues d’ailleurs ont significativement impactés la créativité des artistes gabonais. L’envie de reproduire sans discernement « ce que l’on voit à la télé » mènent sans jeux de mots aux dérives anarchiques. En d’autres termes, la sphère artistique gabonaise est dominée par la pauvreté dans les thèmes abordés dans les chansons. On assiste même à des « clashs » virulentes entre artistes par médias interposés, les règlements de compte et autres formes de comportements puérils qui ternissent l’image de la musique gabonaise que les grands noms tels que Pierre Claver AKENDENGUE, Oliver NGOMA et Annie-Flore BATCHIELLILYS, entre autres, ont fait briller à leur époque. « Les époques ont changé et les créneaux ont évolué. Les jeunes qui ont pris le relais abandonne volontiers l’héritage musicale qu’ils ont trouvé pour une musique qui désavoue frontalement nos cultures, nos rêves et le sens de la vie que nous nous sommes évertués à nous imposer, les enfants chantent pour l’argent, la gloire et le prestige », s’indignait vertement un ancien de la scène musicale.

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En définitive, un artiste est un leader d’opinion, une source de motivation. D’une certaine façon, ces fans prennent son discours pour une réalité et cela d’autant plus qu’ils n’ont pas la clairvoyance et le recul nécessaire pour se soustraire d’une aliénation mentale et psychologique que leur inflige sans détour un artiste qui ferait la promotion de la vulgarité et de la désobéissance de l’autorité parentale dans ses morceaux. Au regard ce qui précède, on pourrait être tenté de se demander si la musique adoucit encore les moeurs ou elle les déprave davantage.